L’inclusion défend un autre modèle, fondé sur la cohésion, la coopération et l’intégration de tous

cropped-logo_new1.pngLa question de l’inclusion est étroitement corrélée à celle de la fracture sociale. Si l’on parle plus souvent en France d’exclusion, nous avons préféré le terme européen d’inclusion qui est une manière plus positive de penser la cohésion sociale. L’exclusion véhicule l’idée implicite d’un darwinisme social qui éliminerait les plus faibles. L’inclusion défend un autre modèle, fondé sur la cohésion, la coopération et l’intégration de tous.

Chers amis, merci d’avoir répondu à notre invitation à débattre d’un sujet qui nous préoccupe tous: l’inclusion. Je remercie les membres de notre association qui ont permis l’organisation de ce débat.

Je remercie l’INSA de Lyon de nous accueillir dans cet amphithéâtre au cours des « 24 heures de l’INSA ». C’est une façon pour notre association de venir à la rencontre des jeunes sur lesquels repose la construction de notre avenir commun.

Les Enfants de la République sont une association indépendante, qui veut rassembler au delà des clivages politiques. Nous ne sommes le faux nez d’aucun parti, et nous tenons à cette indépendance qui nous permet d’organiser un dialogue transpartisan sur des questions qui touchent l’ensemble de la société comme la question de l’inclusion.

Notre association défend l’égalité des droits et les libertés individuelles et souhaite contribuer à la cohésion sociale, alors que la tentation est grande de chercher des boucs émissaires et de diviser. C’est la raison pour laquelle nous organisons une série de débats sur la fracture sociale, fracture qui menace aujourd’hui l’égalité et la cohésion auxquelles nous sommes attachés. Nous avons ouvert le débat par un forum sur la fracture sociale dans l’hémicycle du Conseil Régional d’Île-de-France en mars, il se poursuit à travers ce débat à Lyon sur le thème de l’inclusion. Il sera suivi d’un débat à Lille sur le thème de la citoyenneté et d’un débat à Creil sur le thème de la laïcité. Nous présenterons à la rentrée les résultats de nos réflexions communes lors d’une convention nationale à Paris.

Nous avons invité des représentants de la société civile, à la fois pour leur témoignage, pour leur expertise et surtout pour leurs expériences de terrain dans la lutte contre l’exclusion. Jean-Paul BERNE est trésorier des « Franchises Solidaires », un concept économique anti-crise qui utilise le système de l’essaimage franchisé pour favoriser la création d’entités économiques durables et utiles et d’emplois pérennes partout dans nos territoires. Son expérience personnelle en tant que franchisé du groupe international ADA est également riche d’enseignement. Laurence MANKOUR représente « Est-Emplois » , une entreprise d’insertion du réseau « Unis-vers-l’emploi », un groupe d’économie sociale et solidaire spécialisé dans l’insertion sociale et professionnelle; Joël GREA, trésorier de l’association EMRACSS, nous parlera du projet « Célosie, maison de vie pour les aînés », une initiative visant à intégrer pleinement les retraités à la vie des communes. Merci encore d’avoir accepté notre invitation.

Alors que notre pays compte près de 16 millions de pauvres, au sens européen de « personnes disposant d’un revenu inférieur à 60% du revenu médian », nous savons que la pauvreté est souvent aussi synonyme d’exclusion : exclusion entre les générations, ce sont aujourd’hui surtout les jeunes et les très âgés qui sont touchés; exclusion géographique entre monde rural et urbain, entre quartiers défavorisés et quartiers favorisés; exclusion scolaire entre diplômés et non diplômés; exclusion face à l’emploi ou au logement; exclusion des femmes, plus touchées que les hommes par le chômage, l’emploi précaire et les difficultés de la monoparentalité; exclusion des handicapés; exclusion des migrants ; exclusion politique enfin, les exclus sont souvent ceux qui ne votent plus, et parfois ne s’inscrivent même plus sur les listes, persuadés ne n’être plus représentés par une classe politique en décalage avec leurs problèmes concrets.

Contre l’exclusion et pour une société inclusive, il est possible de proposer des mesures concrètes, c’est ce que démontrent les associations que nous avons invitées. Elles ont en commun d’œuvrer sur le terrain, par des projets concrets au service de problèmes concrets. Leurs expérimentations pourraient être transférées, étendues, et contribuer à construire un nouveau modèle social qui privilégierait cette fois l’inclusion au lieu de l’exclusion.

Les philosophes des Lumières ont rêvé des hommes et des femmes libres et égaux en droit, citoyens d’Etats-nations. Le XIXe siècle a vu l’avènement des Etats-nations, le XXe siècle a réalisé l’égalité des droits et a su réinventer notre modèle social au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Je pense aux travaux du Conseil National de la Résistance et aux progrès sociaux qui ont suivi. Il convient à notre tour de réinventer un modèle de société, adapté au monde cosmopolitique qui est aujourd’hui le nôtre.

A l’heure où le droit du sol est remis en cause, à l’heure où il semble plus facile de chercher des boucs émissaires ou de gouverner sans les peuples, depuis les organisations internationales, nous vous proposons de contribuer avec nous à la construction d’un modèle social de cohésion et de progrès, respectueux de l’égalité et des libertés individuelles, pour le XXIe siècle.

En ce moment même, des milliers de jeunes occupent la place Puerta del Sol, au centre de Madrid. « La génération escroquée » est déterminée à exprimer sa colère malgré l’interdiction de manifester. Malgré leurs diplômes, ils n’ont ni travail, ni maison, ni enfants alors que leurs parents avaient tout cela au même âge. Des appels similaires à manifester se font entendre à Barcelone, où la place de Catalogne serait occupée, à Paris et un peu partout en Europe. Ils traduisent l’aspiration des peuples à la justice sociale et à une société inclusive. Une société qui est devenue une machine à exclure au profit d’un nombre toujours plus réduit de bénéficiaires ne sera plus tenable longtemps. Il est maintenant urgent de penser un nouveau modèle de société pour répondre à ces attentes, les Enfants de la République veulent contribuer à cette reconstruction.

J’invite tous ceux qui le souhaitent à nous rejoindre dans ce projet, à commencer par les intervenants et les participants d’aujourd’hui, à travers une adhésion, un soutien, ou simplement la réception de notre lettre d’information.

Je vous remercie tous pour votre présence ce soir, et je suis impatiente d’écouter vos propositions.

Le 21 mai 2011

Anne-Sophie Godfroy

Message de la Présidente, le 22 mai 2011, aux 24 heures de l’INSA de Lyon

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