Discours du 11 mars sur la fracture sociale

cropped-logo_new1.pngDiscours de la Présidente, le 11 mars 2011, au Conseil Régional d’Île-de-France, à l’occasion de l’ouverture du forum sur la fracture sociale.

 

Chers amis, merci d’avoir répondu à notre invitation à débattre d’un sujet qui nous préoccupe tous: la fracture sociale. Je remercie les membres de notre association qui ont permis l’organisation de ce débat, et tout particulièrement Monzon Koné qui en est à l’initiative.

Je remercie le Conseil Régional d’Île-de-France, son Président M. Jean-Paul Huchon et M. Ali Soumaré qui le représente ce soir, de nous accueillir dans le prestigieux hémicycle des Conseillers Régionaux.

Comme le Conseil Régional est la maison de tous les Franciliens, quelles que soient leurs préférences politiques, les Enfants de la République sont une association indépendante, qui veut rassembler au delà des clivages politiques. Nous ne sommes le faux nez d’aucun parti, et nous tenons à cette indépendance qui nous permet d’organiser un dialogue transpartisan sur des questions qui touchent l’ensemble de la société comme la question de la fracture sociale.

Notre association est née de l’indignation ressentie par plusieurs d’entre nous à l’occasion de problèmes de renouvellement de carte d’identité. Il était scandaleux que la Préfecture de Police refuse de reconnaître la validité des papiers d’identité délivrés par elle-même quelques années plus tôt à des Français nés à l’étranger ou naturalisés, comme s’ils constituaient des catégories de Français différents. Pour renouveler leurs papiers, ils se trouvaient confrontés à des procédures kafkaïennes pour prouver leur qualité de citoyens français. Un Français né à l’étranger, un Français naturalisé est-il moins français? Nous avons la conviction qu’il ne doit y avoir qu’une seule catégorie de Français, qu’il s’agit de l’un des fondements de notre République. Face à l’action que nous avions projetée, l’Etat a publié une circulaire pour assurer qu’une simple carte d’identité permettrait désormais à tous les Français de renouveler simplement leurs papiers. Ce fut une demie victoire pour notre association, nous aurions préféré une loi. Une circulaire permet trop facilement à l’administration de revenir sur sa décision, une loi rend les reculs plus difficiles.

Notre association défend l’égalité des droits et les libertés individuelles et souhaite contribuer à la cohésion sociale, alors que la tentation est grande de chercher des boucs émissaires et de diviser. C’est la raison pour laquelle nous organisons une série de débats sur la fracture sociale, fracture qui menace aujourd’hui l’égalité et la cohésion auxquelles nous sommes attachés.

Nous avons invité à débattre tous les partis politiques et nous remercions M. Soumaré, du Parti Socialiste, et M. Strauss, du Mouvement Démocrate, d’avoir accepté notre invitation. M. Bournazel, élu de l’UMP, et M. Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, devaient également participer. Malheureusement, pour des questions d’agenda, ils ont dû annuler leur participation et vous prient d’excuser leur absence.

Nous avons également invité des représentants de la société civile, à la fois pour leur témoignage et pour leur expertise. Mme Sihem Souid est officier de police et écrivain, auteur d’Omerta dans la police.  M. Bernard Henry est officier de presse de l’Association of World Citizens auprès de l’Office des Nations Unies à Genève et nous permettra d’élargir notre horizon par une perspective internationale.

Le terme « fracture sociale » est apparu dans l’espace public et médiatique lors de la campagne présidentielle de 1995. Le candidat Chirac avait tiré cette expression d’une note d’Emmanuel Todd à la fondation Saint-Simon en 1994. A partir d’une analyse des résultats  électoraux de l’époque, Emmanuel Todd soulignait qu’une part toujours plus large des Français ne se sentaient plus représentés par les élites politiques et traduisaient leurs désarroi dans les urnes par des votes protestataires ou l’abstention.

Malgré les réformes sociales de René Lenoir an 1975 et 1976 avec la création de l’API et de l’allocation adulte handicapé, malgré le projet de « loi pour la cohésion sociale » après l’élection du Président Chirac en 1995, projet qui deviendra la « loi contre les exclusions » sous la coordination de Martine Aubry en 1998, malgré donc l’effort continu des différents partis au gouvernement, de gauche comme de droite, de 1973 à nos jours, effort que nous saluons, la fracture sociale n’a cessé de s’agrandir en France.

Fracture entre les générations, ce sont aujourd’hui surtout les jeunes qui sont touchés; fractures géographiques entre monde rural et urbain, entre quartiers défavorisés et quartiers favorisés; fractures culturelles entre diplômés et non diplômés; fractures économiques entre ceux qui s’enrichissent et ceux qui sont menacés de déclassement; fractures entre hommes et femmes; fracture entre handicapés et valides; fractures entre Français de différents horizons; fracture politique enfin, entre ceux qui votent et ceux qui ne votent plus, et parfois ne s’inscrivent même plus sur les listes, persuadés ne n’être plus représentés.

Mesdames, Messieurs, nous souhaitons ouvrir un dialogue, écouter vos témoignages, vos analyses, vos propositions. Des débats semblables seront organisés cette année par les Enfants de la République à Lille, à Lyon, à Creil. Nous présenterons ensuite les résultats de nos réflexions communes lors d’une convention nationale à Paris.

Les philosophes des Lumières ont rêvé des hommes et des femmes libres et égaux en droit, citoyens d’Etats-nations. Le XIXe siècle a vu l’avènement des Etats-nations, le XXe siècle a réalisé l’égalité des droits et a su réinventer notre modèle social au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Je pense aux travaux du Conseil National de la Résistance et aux progrès sociaux qui ont suivi. Il convient à notre tour de réinventer un modèle de société, adapté au monde cosmopolitique qui est aujourd’hui le nôtre.

A l’heure où le droit du sol est remis en cause, à l’heure où il semble plus facile de chercher des boucs émissaires ou de gouverner sans les peuples, depuis les organisations internationales, nous vous proposons de contribuer avec nous à la construction d’un modèle social de cohésion et de progrès, respectueux de l’égalité et des libertés individuelles, pour le XXIe siècle.

Les événements récents en Tunisie et en Egypte traduisent l’aspiration des peuples à un état de droit respectueux des citoyens. Nous pourrions voir de tels événements advenir en Europe. A ce moment-là, il sera urgent d’avoir pensé un nouveau modèle de société pour répondre à ces attentes.

J’invite tous ceux qui le souhaitent à nous rejoindre dans ce projet, à commencer par les intervenants et les participants de ce soir, à travers une adhésion, un soutien, ou simplement la réception de notre lettre d’information. Je vous remercie tous pour votre présence ce soir, et je suis impatiente d’écouter vos propositions.

Anne-Sophie Godfroy

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